Les tribulations d’un jeune maître de conférence

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Le recrutement

avec 2 commentaires

Le recrutement du maître de conférence est un processus long et compliqué. Je commencerai mon contrat le 1 septembre. Ma nomination est officielle depuis le 30 juin. Mais tout a commencé avec la qualification au poste de maître de conférence en décembre. Car si le recrutement est décentralisé, il est nécessaire d’obtenir une qualification nationale. Formalités pour les uns, couperets pour les autres. Celle-ci est décernée par le Conseil National des Universités qui rassemble des éminents professeurs et maîtres de conférence, choisis par leurs paires pour gérer nos carrières. La règle implicite est la suivante: il faut au minimum une publication reconnue pour obtenir le précieux sésame. Et bien évidemment, il faut avoir soutenu sa thèse avant la date fatidique. Cette année, on avait de la chance, c’était plutôt tard: le 18 décembre. L’année prochaine, cela sera le 10 décembre. Cette date limite explique un engorgement des salles de thèse au début du mois de décembre…

Qualification obtenue. Me voila qualifié. Mais le plus dur commence. 82 postes dans ma discipline sur la France entière, on est pas loin du record. Le processus commence bien. Même s’il révèle quelques surprises: 5 postes à la Réunion, 2 en Polynésie Française. Il faut choisir et ne pas faire la fine bouche. 56 dossiers envoyés et la galère commence. Deux rapporteurs pour chaque poste, c’est autant de photocopies du dossier: CV, résumé de la thèse, publications, et le formulaire rempli en ligne. C’est long et pénible mais on se dit que cela en vaut la peine. Heureusement, nous profitons des infrastructures de notre université pour réduire le coût. Je me permets de prendre ici quelques enveloppes… Par contre, pour l’envoi, pas question de faire confiance au service courrier. L’enjeu est trop grand. Je file à la Poste avec mes 56 enveloppes grand format sous le bras. Je blêmis quand l’agent de la Poste me tend les seuls timbres qu’il a à disposition pour le poids correspondant.  2 enveloppes à affranchir par dossier, plus évidemment le dossier lui même. Pour les timbres à 53 centimes tout va bien, le traditionnel carnet fera l’affaire. Pour les timbres à 2 euros et quelques pour envoyer le dossier, on me tend 56 joli petit droppy qu’il faut découper et coller à la main… Bon joueur, l’agent va me chercher une petite éponge pour éviter de transformer ma langue en méduse violette. Petite consolation. Il faut en avoir du courage… Une bonne heure plus tard et devant les yeux hurluberlués des clients, je peux envoyer ces fameux dossiers. Première douloureuse: j’en ai pour 150 euros de timbres…

Les dossiers envoyés, on attend maintenant les éventuels auditions. Le tour de France peut commencer. Ma bonne étoile me poursuit, j’ai au final 12 auditions. Cela va de Pau à Rennes, en passant par Clermont, Lille et Caen. Il faut choisir. Et jongler avec les horaires de train. Je deviens le meilleur ami de la SNCF. Comment faire pour faire Clermont, Paris, Caen et Pau dans la même journée… Je choisis Clermont et Paris. Cela fait quand même 7h de train dans la même journée et des bons sprints à la sortie de chaque audition.. Comme si le stress des auditions ne suffisaient pas. Quoique pour les auditions en tant que tel, on n’a pas vraiment le temps de stresser. Au mieux 20 minutes. Souvent 15. 5 minutes de présentation pour la plus expéditive. On sourit, on fait défiler ses slides, on récite son joli poème et évidemment on a toujours révé de rejoindre cette université… “Avez-vous des auditions ailleurs?”…. “Heuuuu oui”. “Et si vous êtes pris ailleurs, viendrez-vous chez nous?”… “Heuuuuu évidemment, vous êtes la fac de mes rêves”. Des fois on se prend à réver de dire tout autre chose: “Mais de quoi je me mèle, prenez-moi d’abord et on discutera ensuite!”.. Plus les auditions passent, plus les nerfs sont à vifs. Toujours avec le même sourire. Je finis par lacher “Si vous me prenez, j’arrête tout de suite toutes les auditions et accepte le poste dans votre université…”. Non mais c’est vrai. Au bout d’un moment, il faut choisir! Je ne sais pas si l’argument a marché mais c’est finalement là que j’obtiens le meilleur classement, le seul qui vaille: premier! Ouf!! Parceque les places d’honneur, c’est fort sympathique, mais les lettres où on vous annonce “J’ai l’honneur de vous annoncer que vous avez été classé troisième”, ça ne vous fait pas manger. C’est juste bon à afficher dans ses toilettes. Pour la gloire.

Bilan de l’histoire: 56 heures passés dans différents trains, plus de 1000 euros dépensés. Mais un poste à la clef. Je suis un rescapé. Au niveau des classements, j’aurais tout fait: une fois premier, une fois deuxième, deux fois troisième, une fois quatrième, une fois cinquième. A moi de faire mon “choix”… On rentre dans la fameuse application ANTARES du ministère de l’éducation notre choix en fonction des différents classements. Je mets en premier choix l’université qui m’a fait l’honneur de me classer premier. C’est quand même la moindre des choses. Le 30 juin, le verdict tombe. Vous êtes affecté en tant que maître de Conférence à l’Université ***. Champagne!

Rédigé par Maitredeconf'

août 21, 2008 à 9:51

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2 réponses

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  1. et que vas nous réserver les premieres heures de cours d’un(e) jeune maitre de conférence…
    j’ai bien envie de connaitre la suite!

    cecilebaz

    août 21, 2008 à 2:32

  2. Ca sent vraiment le vécu.
    Ca m’a rappelé mes errements lors du concours CNRS (je n’ai pas eu la chance d’être qualifiée pour le titre de maître de conf’)

    En tout cas félicitations.

    vyllis

    septembre 2, 2008 à 11:16


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