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La réunion de rentrée
A l’université, les réunions de rentrée des étudiants s’enchaînent, filières après filières. Les enseignants de la faculté étaient eux convoqués hier pour la traditionnelle réunion de rentrée. Présentation de l’organisation administrative, des nouveaux diplômes issus du nouveau contrat avec l’Etat, et présentation de l’application du plan réussite licence dans l’université. Ici, cela consiste notamment à nommer des enseignants-référents et à développer les cours-TD à la place des grands amphis.
Pour le reste, on m’a remis la clé de mon futur bureau. Les déménagements s’accélèrent.
Le PV d’installation
Ca avance! Aujourd’hui, j’avais rendez-vous au service du personnel enseignant pour signer mon PV d’installation. Première surprise: pas de contrat à signer. Tout juste une feuille dans laquelle j’atteste prendre mes fonctions au 01/09. Pour le salaire, on ne peut pas savoir non plus dans la mesure où il faut attendre que le ministère de la recherche valide (ou pas) l’expérience professionnelle. Suspens.. Du coup, pour ce mois ci, je toucherais une avance de 80% du salaire brut sans expérience. Ma première fiche de paye attendra octobre. Je ne suis pas surpris. Cela m’a quand même l’air plus efficace que dans ma précédente fac.
L’autre bonne nouvelle, c’est que j’ai pu obtenir le code qui me permet d’ouvrir mon espace numérique de travail (ENT) et mon courriel de l’université. Quand je vous dis que je m’installe..
Par contre, pour le déjeuner, on repassera. Au CNRS, tant que je n’ai pas ma carte, je paye le tarif extérieur. Soit près de 12 euros contre moins de 3 euros normalement. Et pour avoir la carte du CNRS, il faut une autorisation du président de l’université qui doit ensuite faire la demande au CNRS.. Je ne sais pas combien de temps cela va durer mais je crains que je ne pourrais pas déjeuner tous les jours avec les collègues.
On prend ses marques
Je m’installe petit à petit. Arrivé le matin, je fais un rapide tour de bureaux, histoire qu’on se rappelle bien qu’un nouveau collègue vient d’arriver. Mon bureau provisoire est un peu excentré donc je pourrais passer la journée ici sans qu’on s’en apercevoir si je voulais. Je vois le directeur du laboratoire. Il a l’air content de me voir. En cadeau de bienvenu, il me rend ma thèse, qu’il avait reçu au moment de mon audition au mois de juin. Sympa.
Première tache de la journée: ouvrir mon bureau provisoire. Bureau du directeur (enfin de l’ex directeur), la secrétaire n’a pas le double. C’est l’informaticien qui finit par m’ouvrir. On me promet que le service technique viendra me remettre une clé. Cela sera fait dans la journée. C’est un très bon point, et ça change de mon ancienne fac…
Premier déjeuner avec les collègues dans ma nouvelle cantine: celle du CNRS. Bon marché et on mange pas avec les étudiants, faut pas se mélanger… Il faut que je me fasse également ma carte professionnelle du CNRS. Le déjeuner, c’est le moment stratégique. Là où s’échangent toutes les informations. J’écoute religieusement mes nouveaux collègues. Ils sont plutôt accueillant.
A la fac, on m’installe mon ordinateur. “Que du provisoire” me promet-on. En tout cas, l’informaticien aura fait son job dans les temps. Un compte est crée et un espace sur le réseau. Par contre, je n’ai pas les droits administrateurs… Je me fais une liste de tous les logiciels dont j’ai besoin (Firefox, LateX, pdfcreator…). Je retournerai voir mon nouvel ami l’informaticien plus tard.
Cela tombe bien que mon ordinateur arrive car le collègue à qui je squatte le bureau débarque. “Ah, ba ça y-est tu dors ici!!!?”, me sort-il avec un grand sourire. Ba oui, c’est vrai, j’ai une réputation de parisien (enfin une réputation, je suis parisien, c’est tout). Et le parisien, à la fac, il est connu pour une seule chose: il ne vient jamais à la fac. Il reste chez lui, ou enfin à Paris du moins. Le parisien ne sort pas de Paris, c’est bien connu. Pourtant je suis là, et du coup, ça a l’air de surprendre. Le collègue enchaîne: “Pendant la commission de spécialiste (l’instance qui choisit les recrutements), j’ai du me battre contre des collègues qui ne voulait pas embaucher un parisien car “un parisien, ça ne vient jamais au labo”. Résultat, tu as quand même été recruté et en plus, tu viens trop“. Je viens trop, c’est la meilleure celle là. J’ai l’impression que je dois naviguer entre la présence tout en évitant l’excès de zèle.. Je commence à me dire que “cela ne se fait pas de venir tout le temps”.
Du coup, aujourd’hui, je suis chez moi! Les collègues ont l’air, sans m’avoir rien demandé, d’avoir intégré que je prendrais le train. Un collègue me propose de me raccompagner à la gare, un autre me demande quels jours je serais là (je réponds “à peu près tout le temps” et le collègue me regarde avec des yeux ébahis). Bref, il faut que je prenne mes marques…
Prochaine étape, obtenir son vrai bureau. Enfin, le définitif, quoi. Lundi, je signe mon PV d’installation. Ah oui, j’oubliais. Dans la salle des profs, un casier m’attend avec mon nom soigneusement écrit dessus. Fièrement, je relève mon courrier pour la première fois de ma carrière: de la pub, mais du courrier quand même.
La première journée
On avait tous sorti nos plus beaux cartables, longuement étudié la meilleure tenue vestimentaire et nous étions couché, la boule au ventre, comme au bon vieux temps des rentrées scolaires. On s’était levé très tôt, il faisait encore nuit et froid et il fallait utiliser cette bonne vieille carte fréquence qui ne tarderait pas à devenir notre meilleure amie. Il fallait bien étudier le plan du campus pour être sûr de trouver l’amphi dans lequel nous étions convoqué. Et nous étions là, tous là, les nouveaux recrutés de cette belle fac ***.
09H00. “Bonjour Monsieur, souhaitez vous faire la visite de la fac et déjeuner avec nous?”. Evidemment. On ne raterait cela pour rien au Monde. Monsieur le président de l’Université nous souhaitait la bienvenue et nous présentait avec passion son université, son histoire, ces composantes. Tout le monde y passe: la médecine de prévention, le service informatique, l’association des personnels qui permet de payer pas cher au Parc Asterix. Deux heures trente plus tard, nous savons tout de notre nouveau lieu de travail. Je découvre la MGEN à la sortie, il faut penser à la nouvelle mutuelle. On s’engouffre dans un bus pour faire le tour du campus (c’est pour dire comme il est grand mon campus). Et on déjeune dans une des 5 cafets disponibles. Et voila, je suis bien là. Il faut encore attendre un peu pour signer mon PV d’installation (mon contrat, enfin je crois).
L’après-midi, je me rends dans le bâtiment qui loge mon laboratoire. Pas grand monde. Enfin, je suis mauvaise langue. Les chefs sont là. Pas le mien. Ca tombe bien car je vais devoir squatter son bureau pendant quelques temps. Je m’installe donc dans le bureau du “directeur des études économiques”. Directeur qu’il n’est plus de la rentrée mais la plaque trone toujours fièrement sur sa porte. C’est d’ailleurs pour cela qu’il ne vient pas trop en ce moment, m’a-t-il expliqué, trop d’étudiants passent dans le coin. On peut pas bosser! Bref. Mon bureau est actuellement occupé par le directeur des études juridiques, qui doit déménager dans un des bureaux de gestion qui doivent également déménager dans une autre aile du batiment. Bref, tant que les uns ne se décident pas, je ne peux pas avoir mon bureau. Comme je n’ai pas encore signé mon PV d’installation, je n’ai pas le fameux numéro HARPEGE. Je ne sais pas à quoi cela sert mais je comprends que sans lui, impossible d’avoir un email et l’accès à l’espace numérique de travail. Pas d’ordi, pas de bureau, pas de login. Je ne me plains pas. C’est bien normal. Il faut que la machine s’organise. Et ici au moins, c’est pas le personnel ou les doctorants qui font le déménagement.
Je vais dire bonjour aux secrétaires, à mes nouveaux collègues, au service du planning. Je finis de boucler mon service et mon emploi du temps. Bref, je prends mes marques, doucement mais surement. Tout s’accélèrera la semaine prochaine. Pour l’instant, je m’active.. doucement.
Mon dernier jour dans mon ancienne fac
Et oui, lundi, nous serons le 1 septembre. A 9h, je suis convoqué avec tous les autres nouveaux embauchés pour une visite du campus. Ce qui veut dire qu’aujourd’hui, c’est le dernier jour dans ma fac dans laquelle j’ai fait ma thèse. Un petit chouilla d’émotion quand même. Et surtout le tri dans toute la paperasse accumulée et les cartons à boucler..
La paperasse
Je vous le disais donc hier. La fameuse application ANTARES m’informe que je suis officiellement affecté à l’université ***. De retour de vacances début août, beaucoup de courrier dans ma boite aux lettres. Une lettre de ma nouvelle université me demandant de prendre contact avec le secrétariat pour mon recrutement. Mais comme le recrutement n’est ni vraiment local ni vraiment national, une lettre du ministère de la recherche me demandant d’envoyer toute une série de papiers pour, notamment, attester de mon expérience. Parceque tous les nouveaux maîtres de conférence ne sont pas logés à la même antenne. Nous avons tous fait une thèse, à priori donné des TD, peut-être même été ATER. Mais de subtiles subtilités font que 200 euros de salaire mensuel peuvent séparer un maître de conférence sans expérience d’un maître de conférence expérimenté. C’est là que cela devient amusant.
J’ai été allocataire de recherche mais pas moniteur. Je donnais des TD dans la limite du cumul autorisé en tant que vacataire. C’est à dire 64h annuels. Mon expérience n’est pas comptabilisée (enfin, c’est ce qu’on me dit).
Le même allocataire mais moniteur réalisant également 64h annuels est par contre expérimenté. Va comprendre.
(le premier qui me demande pourquoi je n’ai pas fait allocataire-moniteur a le droit de sortir). Non mais Oh.
Bref, il faut que je retrouve tous mes contrats pour que le ministère me calcule cette foutue expérience. J’ai quand même été ATER deux ans et là je peux avoir de l’expérience. Evidemment, je ne retrouve pas mon dernier contrat. Une seule personne peut me sauver. La responsable des ATER de mon université d’origine. Problème, cette charmante demoiselle est une des personnes les plus compliquées à contacter. Je ne juge pas, je constate. De toutes façons, c’est de ma faute. Bref, j’essaye depuis début août (elle a bien le droit de prendre des vacances). Sans succès. Résultat: je n’ai toujours pas envoyé ce foutu courrier à mon ministère préféré.
Note pour plus tard: Ranger et classer tous ces papiers. Je n’imagine même pas la galère au moment de faire compter ses points retraite..
Le recrutement
Le recrutement du maître de conférence est un processus long et compliqué. Je commencerai mon contrat le 1 septembre. Ma nomination est officielle depuis le 30 juin. Mais tout a commencé avec la qualification au poste de maître de conférence en décembre. Car si le recrutement est décentralisé, il est nécessaire d’obtenir une qualification nationale. Formalités pour les uns, couperets pour les autres. Celle-ci est décernée par le Conseil National des Universités qui rassemble des éminents professeurs et maîtres de conférence, choisis par leurs paires pour gérer nos carrières. La règle implicite est la suivante: il faut au minimum une publication reconnue pour obtenir le précieux sésame. Et bien évidemment, il faut avoir soutenu sa thèse avant la date fatidique. Cette année, on avait de la chance, c’était plutôt tard: le 18 décembre. L’année prochaine, cela sera le 10 décembre. Cette date limite explique un engorgement des salles de thèse au début du mois de décembre…
Qualification obtenue. Me voila qualifié. Mais le plus dur commence. 82 postes dans ma discipline sur la France entière, on est pas loin du record. Le processus commence bien. Même s’il révèle quelques surprises: 5 postes à la Réunion, 2 en Polynésie Française. Il faut choisir et ne pas faire la fine bouche. 56 dossiers envoyés et la galère commence. Deux rapporteurs pour chaque poste, c’est autant de photocopies du dossier: CV, résumé de la thèse, publications, et le formulaire rempli en ligne. C’est long et pénible mais on se dit que cela en vaut la peine. Heureusement, nous profitons des infrastructures de notre université pour réduire le coût. Je me permets de prendre ici quelques enveloppes… Par contre, pour l’envoi, pas question de faire confiance au service courrier. L’enjeu est trop grand. Je file à la Poste avec mes 56 enveloppes grand format sous le bras. Je blêmis quand l’agent de la Poste me tend les seuls timbres qu’il a à disposition pour le poids correspondant. 2 enveloppes à affranchir par dossier, plus évidemment le dossier lui même. Pour les timbres à 53 centimes tout va bien, le traditionnel carnet fera l’affaire. Pour les timbres à 2 euros et quelques pour envoyer le dossier, on me tend 56 joli petit droppy qu’il faut découper et coller à la main… Bon joueur, l’agent va me chercher une petite éponge pour éviter de transformer ma langue en méduse violette. Petite consolation. Il faut en avoir du courage… Une bonne heure plus tard et devant les yeux hurluberlués des clients, je peux envoyer ces fameux dossiers. Première douloureuse: j’en ai pour 150 euros de timbres…
Les dossiers envoyés, on attend maintenant les éventuels auditions. Le tour de France peut commencer. Ma bonne étoile me poursuit, j’ai au final 12 auditions. Cela va de Pau à Rennes, en passant par Clermont, Lille et Caen. Il faut choisir. Et jongler avec les horaires de train. Je deviens le meilleur ami de la SNCF. Comment faire pour faire Clermont, Paris, Caen et Pau dans la même journée… Je choisis Clermont et Paris. Cela fait quand même 7h de train dans la même journée et des bons sprints à la sortie de chaque audition.. Comme si le stress des auditions ne suffisaient pas. Quoique pour les auditions en tant que tel, on n’a pas vraiment le temps de stresser. Au mieux 20 minutes. Souvent 15. 5 minutes de présentation pour la plus expéditive. On sourit, on fait défiler ses slides, on récite son joli poème et évidemment on a toujours révé de rejoindre cette université… “Avez-vous des auditions ailleurs?”…. “Heuuuu oui”. “Et si vous êtes pris ailleurs, viendrez-vous chez nous?”… “Heuuuuu évidemment, vous êtes la fac de mes rêves”. Des fois on se prend à réver de dire tout autre chose: “Mais de quoi je me mèle, prenez-moi d’abord et on discutera ensuite!”.. Plus les auditions passent, plus les nerfs sont à vifs. Toujours avec le même sourire. Je finis par lacher “Si vous me prenez, j’arrête tout de suite toutes les auditions et accepte le poste dans votre université…”. Non mais c’est vrai. Au bout d’un moment, il faut choisir! Je ne sais pas si l’argument a marché mais c’est finalement là que j’obtiens le meilleur classement, le seul qui vaille: premier! Ouf!! Parceque les places d’honneur, c’est fort sympathique, mais les lettres où on vous annonce “J’ai l’honneur de vous annoncer que vous avez été classé troisième”, ça ne vous fait pas manger. C’est juste bon à afficher dans ses toilettes. Pour la gloire.
Bilan de l’histoire: 56 heures passés dans différents trains, plus de 1000 euros dépensés. Mais un poste à la clef. Je suis un rescapé. Au niveau des classements, j’aurais tout fait: une fois premier, une fois deuxième, deux fois troisième, une fois quatrième, une fois cinquième. A moi de faire mon “choix”… On rentre dans la fameuse application ANTARES du ministère de l’éducation notre choix en fonction des différents classements. Je mets en premier choix l’université qui m’a fait l’honneur de me classer premier. C’est quand même la moindre des choses. Le 30 juin, le verdict tombe. Vous êtes affecté en tant que maître de Conférence à l’Université ***. Champagne!